DE LA PAROISSE DE GENÈVE DE L’ÉGLISE LUTHERIENNE SUISSE, LORS DE LA CONVENTION NATIONALE DE LA FPMA

La Roche sur Yon, le 12 novembre 2005

« Cherchez à imiter Dieu, comme des enfants bien-aimés, et suivez la voie de l’amour à l’exemple du Christ qui vous a aimé et s’est livré pour nous, s’offrant à Dieu en sacrifice d’agréable odeur » (Ephésiens 5, 1-2) (Traduction : Bible de Jérusalem)

Imitez Dieu. Blasphème que cela, non ? Peut-on donc imiter Dieu ? N’est-ce pas là exactement ce qu’ont voulu faire Adam et Ève, imiter Dieu, lui être semblable en ayant la connaissance du bien et du mal ? Si c’est bien cela, et alors, imiter Dieu, c’est le péché.
Nous en connaissons encore suffisamment de ceux qui se substituent à Dieu, qui imitent sans même s’en rendre compte, en déclarant péremptoirement ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, et pire, qui est du côté des bons et qui est de celui des mauvais. Vous en connaissez aussi, n’est-ce pas ? On les entend trop souvent.,et ils ne sont pas de ceux qui parlent le moins fort ! Le jugement d’un péché est à Dieu et pas à nous. Est-ce cela que l’apôtre Paul demande de nous ? Pêcher ? Non.
Alors je me demande, que peut signifier l’impératif : « imitez Dieu » ? Le contexte semble indiquer qu’il s’agit d’une exhortation d’ordre moral. Imitez par votre manière de vivre l’irréprochabilité de Dieu, nous dirait donc l’apôtre Paul. Et toute la suite du texte semble aller dans ce sens en donnant une liste des choses à ne pas faire, en insistant ; « soyez attentifs à votre manière de vivre ». Bon. Et alors ?

Cette explication ne me satisfait pas, au plan personnel ; elle ne suffit pas à me mettre en mouvement, dans les pas de Jésus. Bien sûr que je veux m’efforcer de ne pas tomber dans la débauche, dans l’impudeur ou dans la cupidité. Mais dans quel but cet effort ? Bien sûr que je veux être vraiment attentif à ma manière de vivre ; cela va de soi pour des saints, et si je ne me trompe pas, chaque croyant est appelé un saint. Quand nous apprenons à aimer nous apprenons à devenir des saints.

À nous les croyants Paul écrit : « Cherchez à imiter Dieu » ou « Devenez des imitateurs de Dieu ». Une dynamique de vie est envisagée, un futur de l’existence du croyant, en vertu de ce nouveau présent. Il s’agit même, littéralement, d’un « devenir », donc, « Devenez des imitateurs de Dieu ».

L’ensemble du passage d’Ephésiens 5 évoque le baptême par lequel s’exprime la réalité d’une naissance à une autre vie. Une vie selon la "règle" de l’amour : les croyants, en Jésus-Christ qui s’est donné, sont les enfants aimés de Dieu (v. 1) : ils sont appelés à manifester cet amour, au sens fort de "rendre manifeste". Et le croyant rend manifeste l’amour de Dieu en l’imitant : le croyant est exhorté à être "comme" des enfants que Dieu aime (verset 1), comme des enfants de lumière (verset 8), à l’exemple du Christ (verset 2).

« Imiter » : le terme est rare et en cette tournure (imiter Dieu) unique. Il est arrivé que Paul ait invité ses lecteurs à l’imiter lui-même (1 Co 4, 16) : « Je vous en prie donc, montrez vous mes imitateurs ! » ) L’imitation de Dieu peut d’emblée décourager celui qui l’entend de manière morale : il sait tout de suite qu’il n’est pas à la hauteur.
Mais l’apôtre centre ici la vie chrétienne ; le croyant par le baptême est enfant de Dieu. L’imitation fait fonction de rappel d’une origine ; elle fait écho au fait que l’homme est l’image de Dieu.

L’imitation indique que le croyant en Jésus-Christ non seulement a une référence, mais se laisse façonner par elle ; c’est le chemin de la sanctification :non celui d’une dignité personnelle à conquérir par soi-même, mais celui d’un devenir, consistant à marcher dans les traces déjà posées par Jésus.

L’être humain a ses contradictions, c’est une évidence. Mais l’apôtre exhorte à des comportements incompatibles avec l’amour du prochain ; et c’est ce qui est en jeu, dans la lettre, c’est l’unité de l’ ?glise comme corps du Christ.

J’ai, personnellement, trouvé une clé de lecture qui m’a permis d’aller plus loin, de me mettre en mouvement. Là voilà ; à vous de voir ce que vous pouvez en faire. Le mot grec traduit par "imiter" est le mot "mimétês" ; ce mot a donné le mot français "mime". Il avait, il y a deux mille ans, un sens plus large que le seul théâtre muet auquel nous pouvons penser. Le mime - en tant que chose -, c’est l’art, le jeu ; le mime - en tant que personne -, c’est l’acteur, le joueur, l’artiste. Cette simple recherche ouvre en moi des horizons nouveaux. S’il m’était évident que l’apôtre ne me demande pas de blasphémer en me substituant à Dieu, voilà que je peux découvrir avec bonheur qu’il ne me demande pas non plus d’être simplement une photocopie de la perfection de Dieu.
Je peux être l’artiste de Dieu ! Je peux joue Dieu ! Par exemple, regardons un aricle musical, un musicien !

Moi personnellement je ne suis pas musicien, mais quelqu’un ne peut pas vivre sans musique. Quand même j’utilise l’image d’un musicien ou artiste, qui est appelé à être un interprète. C’est dans ce sens que moi-même je suis appelé à être un interprète et pour moi, c’est la musique qui me touche, qui m’émeut, qui me met en mouvement. Je suis appelé à non pas jouer, note après note, comme un élève en classe de solfège, une partition mystérieuse. Être un artiste, interpréter Dieu, en faire la musique de ma vie de telle manière que d’autres puissent entendre non pas "do ré mi fa sol" ou encore mes fausses notes, mais une musique qui est celle d’un compositeur de génie. et une musique qu’eux aussi peuvent soudain avoir envie e jouer, d’interpréter. À leur manière. Avec leur sensibilité.

Il va de soi qu’il vaut mieux éviter les fausses notes ; mais jouer juste n’est pas encore faire de la musique . Il va de soi qu’il faut veiller avec soin à la manière de vivre. mais cela ne suffit pas.
Imitez Dieu. voilà que je me rappelle : je suis créé à l’image de Dieu. Non, je ne suis pas une reproduction de Dieu. Je suis son tableau, par lequel il veut se rendre visible, vivant. Beau.- Voilà ! Imitez Dieu.

Allons, travaillons. Et puis jouons, interprétons, soyons les artistes de Dieu. Imitons Dieu.

Nous sommes appelés à suivre la voie de l’amour. L’amour n’a rien à faire avec l’amour-propre, avec l’égoïsme. L’amour peut réussir, lorsque vous ayez des égards l’un envers l’autre.
Pour devenir très clair. Nous arrivons à un malentendu si nous pensons. Dieu agira. Attendons, prions à ce que Dieu va régler les choses. Oui, c’est Dieu. Mais je vous dis le secret chrétien, c’est que Dieu agit toujours par des hommes et femmes, donc par le prochain. Oui, c’est difficile à croire. Mais par l’expérience je vous dis : N’attendez pas indolement, inertement à ce que Dieu lui-même agit et vous aide tout seul. Dieu agit avant tout par le prochain. Comme Paul dit aux Galatiens (Gal 6, 2)

« Nous sommes appelés à porter les fardeaux les uns des autres. »

Nous devons mettre nos vies à la disposition des autres. Nous devons porter les fautes, nos faiblesses les uns des autres en le pardonnant.
C’est ce que le théologien luthérien Dietrich Bonhoeffer demande de nous : pardonner, pas se venger, pas rendre la pareille, nous pardonner et ainsi porter le fardeau. Oil pour oil a pour conséquence que tout le monde devienne aveugle. Donc soyez prêts à pardonner. Et moi j’ajoute : ce n’est pas à nous humains de constater les péchés du prochain et de lui juger. Laissons ce travail au Bon Dieu.

Le porteur de fardeau aide les autres. Il s’agit pour nous d’être un bon Samaritain. Cela signifie de relever son frère, sa sour lorsqu’il ou elle en éprouve le besoin. Cela signifie porter le fardeau aux côtés de son frère ou de sa sour et l’aider à poursuivre sa route.

L’amour, c’est la volonté de ne pas capituler. Ne pas admettre que les sentiments de la rage et de la colère et des frustrations vécues triomphent et font jours. Il nous faut absolument percer ces sentiments pour arriver à la rémission et à la réconciliation. Cela implique la disposition, la disponibilité d’écouter aux histoires et expériences de l’autre, même si je risque que ma façon de voir les choses sera mis en doute. L’amour consiste dans le fait de dépister, de découvrir les nécessités et les besoins du prochain, de devenir sensible.

Je pense qu’il s’agit au moins de quatre points que nous devons jour par jour prendre en considération si nous entrons en conflit.
1. Apprenons à exprimer nos désirs et besoins de manière que l’autre puisse les comprendre.
2. Apprenons à nous battre en évitant des querelles destructives qui ne mènent jamais à la solution.
3. Apprenons à coopérer, c’est-à-dire, prenons des décisions importantes ensemble.
4. Apprenons à renforcer la personnalité de l’autre et à lui montrer le besoin mutuel.
Résumons ces quatre points : Restons en dialogue !
D’ailleurs ces règles sont également valable pour chaque couple marié.

Un amour vrai augmente la faculté d’aimer.
L’amour vrai ne reste pas limité. Elle veut surmonter toutes les frontières.

Tout ce que vous donnez mutuellement : de l’amour, de la tendresse, de l’entraide et de réflexion, prennent leur source dans l’exemple du Christ. Pendant la Sainte Cène nous pouvons expérimenter la présence du Christ en partageant le pain et le vin.

L’amour n’est pas un hasard mais il tombe sur nous : parce qu’il s’agit en premier lieu de l’amour de Dieu. C’est l’amour de Dieu avec lequel il aime les hommes et les femmes : c’est-à-dire sans préjugé, sans conditions, avec patience, venant en aide et guérissant. Cet amour est devenu un cadeau précieux car Jésus, le Christ s’est livré pour nous, s’offrant à Dieu en sacrifice d’agréable odeur (Eph 5, 2). AMEN.